J'ai besoin de sens, c'est vrai, j'ai tellement besoin de comprendre ! Je suis comme une enfant butée : je veux qu'on m'explique. Sinon j'ai peur, j'ai mal. Je suis prête à accepter des explications complexes, des raisonnements subtils, je n'attends pas qu'on me délivre une vérité bétonnée. Mais ne me dites pas : c'est comme ça. Vous savez, je me demande toujours si il m'a aimée. Vous me trouvez bien naïve, trop sentimentale. J'étais là, je me répétais sans cesse : qu'est ce qui s'est passé ? Ce doit être aussi pour ça que je suis restée : quelque chose m'échappait, c'est le cas de le dire, il m'échappait. Et je voulais comprendre, saisir, le saisir. Y pensait toujours a été ma manière de ne pas en mourir. La quête d'un sens, mon antitode à la folie. Elle n'a plus qu'un seul but, qui l'occupe et la remplit : comprendre ce garçon. Eclairer ses actes, ses refus, ses contradictions. Donner un sens à l'insensé. Trouver ce qui cloche, ce qui bloque, ce qui empêche, ce qui tue. Elle n'a pas d'autre dessein, pas d'autre angoisse : elle est au comble de lui. Comprendre la soulage, mais c'est son impuissance qu'il y a à comprendre. Elle s'assimile à lui, on le dit d'un aliment, elle se l'incorpore et s'en nourrit. Il n'y a plus elle et lui, deux personnes distinctes, mais lui en elle. Elle l'emmêne partout avec elle comme un livre fétiche. Il est dans son ventre, il est dans sa poitrine, il est dans sa tête, elle le porte dans son coeur